1. My name is Theadora
JOURNAL DE THEADORA
Lundi 28 Février 2008
«Ce qui est passé à fui, ce que tu espères est absent; mais le présent est à toi.»
«Imaginez une vie banale. Imaginez une jeune fille, 17 ans qui souhaitait tout sauf cette platitude qui faisait partie de sa vie. Cette platitude ancré en elle. Imaginez votre destin. Déjà tracé. Déjà écrit. Imaginez maintenant le sien. A elle. Elle était persuadée, contrairement à vous, que les pages étaient encore à écrire. Encore vide. Imaginez qu'elle se trompe. Imaginez. Cela signifierait donc que son destin était déjà tracé. Tracé depuis sa naissance. Comme pour nous tous. Ce mot, en lequel elle mettait tant d'espoir, tant d'acharnement, n'exprimait rien pour la plupart des personnes dans ce monde. Ce n'était que superstition. Que mensonge. Ce n'était qu'un simple mot. Pas pour elle. Elle était persuadée qu'il fallait y croire. Qu'il fallait y croire pour obtenir quelque chose. Qu'il fallait y croire pour réussir sa vie. Que sans destin, ni sans foi nous n'existerions pas. Cette jeune fille avait sa propre vision. Mais qui c'est peut être que finalement elle avait raison ... Peut être.»
Théadora McAdams. Pseudonyme curieux que ma mère avait osé m'attribuer le jour de ma naissance. Depuis cette époque où je n'étais qu'un bébé et où je n'avais donc pas eu la capacité de me rebeller contre ces idées à la fois déconcertantes et farfelues je m'étais promise de lui en vouloir toute ma vie. De lui en vouloir toute ma vie pour avoir osé coller le prénom de Théadora sur mon front.
Elle m'avait eu à 25 ans, enceinte de moi elle était passé dans une période «je suis différente des autres» et voulait absolument trouver un patronyme que personne d'autre n'avait sur cette planète. C'était réussi. Du haut de mes dix sept ans je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui avait le même que moi. Et j'avoue que si j'avais un jour la possibilité de changer je le ferais avec plaisir. Théadora, c'est bien trop extravagant pour moi. Malgré que les trois quarts des personnes me répète que ce prénom me va absolument à merveille, je n'étais toujours pas convaincue. Je n'ai jamais compris quand on me disait cela ... Comment un prénom peut aller à merveille à quelqu'un ? Comme si il fallait avoir une tête spéciale pour s'appeler Théadora. Si il fallait être conne, timide et moche et bien c'était affreusement parfait.
Aujourd'hui, débute ce journal ou carnet comme j'aime l'appeler. La première page est entamée et cela ne fais que commencer... Vous allez vous dire pourquoi écrit –elle sa vie affreusement banale dans un journal ? Pourquoi souhaite t-elle nous la partager ? Eh bien, je dois vous dire que vous vous trompez. Non. Ma vie n'est pas si banale que ça. En tout cas, elle l'était mais elle ne l'ai plus.
Le destin est présent. Il est là. Je crois au destin. Et au miracle.
Et je crois que le destin peut faire des miracles.
Croyez en vos rêves. Même les plus fous car ils peuvent toujours se réaliser un jour. La preuve ...
Aujourd'hui commence enfin ma vraie vie. Les dix sept ans passé n'en était pas vraiment une. Personne n'a constaté mon existence jusqu'ici tant je suis invisible partout où je passe. Parfois, une question se pose. Suis – je réellement invisible aux yeux des autres ou le suis-je de mon propre gré, par envie, par conviction ? Je suis souvent qualifiée de jeune fille craintive et complexée qui déteste se retrouver dans une situation totalement embarrassante. Je suis aussi le genre de fille qui n'a aucun succès avec les garçons ou en tout cas qui n'a jamais essayé d'en avoir même maintenant. Donc, en règle général, j'évite autant que possible de me faire remarquer en me faisant discrète jour après jour, de plus en plus.
Mais parfois j'aimerai qu'on me remarque, qu'on me sourit, qu'on me complimente ou qu'on cherche à me connaître pour moi. Pour ce que je suis vraiment. A l'intérieur et non pas pour mon apparence. Cela n'arrive jamais ... Malheureusement.
L'amitié est quelque chose d'important et je suis fière de dire que Lyse Roller est ma meilleure amie. Notre amitié dure depuis maintenant sept ans et je sais que je peux toujours compter sur elle quand j'en ai besoin malgré que nous soyons totalement différente. C'est vrai, nos caractères sont carrément opposés. D'ailleurs, de nombreuses personnes sont assez étonnées quand ils voient que notre amitié est toujours aussi forte après une durée de sept ans. On peut dire que nous nous complétons parfaitement. Superbe matching.
Lyse c'est la fille sociable et souriante à longueur de temps. Elle est toujours de bonne humeur. Mais il n'y a pas que ça qui est parfait chez elle. Elle est aussi horriblement belle. Bref, les garçons ne regardent qu'elle quand nous sommes toutes les deux. Je me suis faite à cette idée même si parfois j'avoue que cela me dérange affreusement. Jamais un seul garçon n'a posé le regard sur moi ou si il l'a fait ce n'était que pour me ridiculiser.
Moi, je suis plutôt petite, brune aux yeux marrons et bien trop mince. Banale quoi. Je suis la plus discrète et j'ai le prix de mademoiselle invisible. C'est pathétique mais pourtant c'est la vérité.
Assez parlé du passé. Ma mère m'a toujours répété de profiter du présent car chaque moment même les plus durs sont uniques et elle n'a pas tout à fait tord. La vie est tellement courte. Trop courte. Chaque jour est une nouvelle page vierge. Chaque jour est une nouvelle expérience.
J'espère seulement qu'il y a une continuation après notre mort à tous pour que nous ayons une chance de les finir si nous n'avons pas tout écrit. Si nous désirons ajouter certaines choses auquel nous n'avions pas pensé. Malheureusement nous ne savons pas ce qui nous attend dans l'au-delà.
Alors moi, je vais remplir ces pages à partir de maintenant.
Tout à commencer aujourd'hui. Aujourd'hui qui était censée être une journée totalement banale. Une nouvelle journée ennuyeuse. Mais je me suis trompée...
Lisez et découvrez.
Ce matin, la sonnerie si au combien habituelle et au combien énervante de mon réveil me tira du sommeil. Mon bras sortit de la couverture pour chercher à tâtons le bouton qui mettrais fin à ma souffrance. Je poussais un grognement et ouvris les yeux. Les chiffres «6h50» dansaient devant moi d'une couleur jaune pâle. Et je poussai un faible soupir résigné à travers l'épaisseur de mon oreiller
Aujourd'hui nous étions Lundi matin. Début de la semaine. Lundi signifiait donc jour de lycée et j'aurais absolument tout donné pour pouvoir rester dans mon lit plutôt que d'y aller. Je sortis de sous la couette avec difficulté et me dirigeai vers la salle de bains à l'aveuglette. J'appuyai sur l'interrupteur et la lumière me piqua les yeux. Lorsque ils s'habituèrent enfin j'osais un rapide coup d'½il vers le miroir qui se trouvait juste en face de moi.
Je n'étais certes pas le genre de fille qui prend vraiment soin d'elle, je m'en fichait si les couleurs de mes vêtements ne s'accordent pas correctement ou si ce que je portait n'est pas à la mode. J'étais tout sauf superficielle et je détestait toutes ces filles qui te jaugeaient d'un regard supérieur quand tu ne portais pas un truc «stylé» ou à la limite de la mode. Je vous avoue que le matin je ne réfléchissais pas du tout à ce que j'allais porter, je prenais la première chose qui me venait sous la main. Parfois j'étais chanceuse. D'autre fois moins mais cela m'importait peu. Je plaignais surtout toutes ses filles qui réfléchissaient déjà le soir la veille à ce qu'elle désirait porter et sentait obliger de se faire un mini défilé personnelle pour trouver le parfait t-shirt qui rendra jalouse toutes les filles.
L'apparence n'était pas le plus important pour moi ou en tout cas il se plaçait en seconde place dans ma liste mais j'avais tout de même dix sept ans, j'étais en pleine adolescence et qui dieu sait ce que c'est. En voyant ma tête ce matin-là je me dis aussitôt que je ne pouvais pas sortir comme ça.
Tout en moi était abominable. De la couleur de mes cheveux à la petitesse de mes yeux après une courte nuit de sommeil. J'essayai en vain d'y remédier sans succès ne voulant pas empirer le désastre et laissa tomber après trente minutes de bataille acharnée m'habillant en vitesse d'un jean et d'un top rose sans importance.
Je descendis les escaliers à toute vitesse mon sac à la main, ma veste sur le dos. J'accourus dans la cuisine et attrapa un bol et du lait dans le réfrigérateur. La pièce était déserte mais cela ne m'impressionnait pas. Ma mère avait sûrement dû partir au boulot il y a déjà plus d'une heure. En ce moment, elle y passait sa vie entière, jour et nuit même le weekend. Je pense que c'est pour combler ce sentiment de solitude, ce vide qui est en elle. Je ne lui en veux pas. J'arrive à voir sa souffrance dans ses yeux malgré son sourire qui semble toujours gravé sur son visage. Je sais que Papa lui manque terriblement depuis son départ il y a sept ans. Elle n'en parle jamais mais je la connais. De toute façon, je commençais à prendre l'habitude de m'occuper toute seule de moi-même et de ne pas l'attendre à chaque fois pour dîner. J'étais quelqu'un d'assez indépendant de nature. Fort heureusement. Sinon je ne sais pas comment je ferais pour m'en sortir seule. Mon portable sonna alors que je m'assis à la table. Je le sortis de ma poche et appuya sur l'icône «nouveau message».
"Théa' t'a intérêt à te grouillé !
On é dja pa en avance !
Bsxxx
Lysou'»
Lyse. Ma meilleure amie. C'est elle qui me prenait chaque matin devant chez moi avec sa magnifique décapotable rose qui avait ce don t'attirer le regard de tous les mecs du quartier. Pour sûr, elle ne passait pas inaperçu. Je me rappellerais toujours de la foi où elle l'avait acheté il y a maintenant un an lorsqu'elle avait eu son permis de conduire. Dès que son regard avait croisé cette voiture d'occasion elle avait flashé. Le coup de foudre immédiat. Elle avait toujours eu des goûts un peu «hors du commun» pour ce genre de truc. Elle aimait les choses spéciales que personne n'oserait porter. De ce côté-là, elle était totalement unique, il faut l'avouer. Je pense que c'est ce petit brin de malice qui plaisait à tous ses garçons avec qui elle est restait. Et je vous assure il y en a un paquet. Il faut dire que peu de gens se baladent avec une décapotable rose à l'intérieur du lycée. Lyse est la seule. Mais elle restait tout de même une pompom girl ...
Moi, je n'ai pas encore de voiture c'est d'ailleurs pour cette majeure raison qu'elle me prend chaque matin et me ramène chaque soir. Ma mère maniaque comme elle ait ne voulait pas que j'en ais une avant mon dix-huitième anniversaire. Elle avait trop peur que j'ai un accident en rentrant de l'école et puis ça lui permettait de dépenser moins d'argent. Ça se voit qu'elle ne m'a jamais vu au volant ou en tout cas pas assez.
Je suis la personne la plus lente au monde. Une vraie peureuse. Je sursaute au moindre klaxon, au moindre freinage. C'est pire encore quand je suis sur le siège passager. D'ailleurs, Lyse a horreur de m'avoir à ses côtés car je panique toujours pour rien. En même temps vu l'allure à laquelle elle roule. Le moniteur devait être distrais par autre chose chez elle de bien plus intéressant que sa façon de conduire. C'est la seule raison valable que j'ai trouvé pour qu'il accepte de valider son permis. Ma meilleure amie, sans être méchante, était vraiment la pire conductrice de L.A. Je me demande parfois pourquoi j'accepte de faire le trajet avec elle. En tout cas, il est tant que je m'endurcisse un peu.
Son message me fit sourire. En sept ans elle n'avait jamais eu aucune patience avec moi ou qui que ce soit. Je décidai alors de ne pas la faire attendre plus longtemps. J'enfilai ma veste, attrapa mon sac et passa la porte que je refermais consciencieusement derrière moi à double tour.
Lyse klaxonna deux fois. Je sautais par dessus la portière de la voiture et la regarda lui faisant mon plus beau sourire. J'espérai surtout qu'elle me pardonne de mon retard. Je pense que cela ne sera pas bien difficile ...
«Salut Lyse !
Ahh bah enfin ! Mademoiselle a décidé de sortir de sa tanière.»
Elle me fixa les lèvres pincées mais je vit des étincelles dans son regard. Elle ne m'en voulait pas. C'est fou ce que je pouvais être jalouse de ces magnifiques yeux bleus et de ses longs cheveux blonds. Je me sentais tellement ... banale à ses côtés. J'haussai les épaules et lui montra une de mes mèches de cheveux tout en faisant la grimace.
«Désolé, j'avais vraiment besoin de m'arranger ce matin. Une véritable horreur.»
Elle rit tout en mettant le courant.
«Rooh mais Théadora tu es très bien comme tu es. Et puis heureusement qu'il existe quelque chose que l'on appelle la beauté intérieure. Sans ça tu serais foutue !» Elle me remarqua d'un oeil complice, je ris à sa remarque. «Mais pour qui voulais-tu te faire belle ainsi ?
- Devine ! Pour Aaron Beecker, tiens ... !» répliquai-je innocemment.
Aaron Beecker. La crème de la crème. L'homme parfait. LE dieu vivant. Si un jour j'avais la possibilité de me marier avec lui je sauterais sur l'occasion à la première seconde. L'avoir comme mari sa doit être ... fabuleux. Rien qu'à l'idée j'en frisonne de plaisir. J'ai déjà cette réaction quand je vois une photo de lui. Mais, il y a tout de même un léger problème. Aaron est une star internationale. Chanteur, acteur ... Il est réclamé dans le monde entier par les plus grands producteurs et je suis certaine qu'il doit avoir un million de filles à ses pieds. A chaque fois je prends un nouveau coin de rue à Los Angeles, je rencontre son regard bleutée sur la une d'un magazine et je ne peux m'empêcher de fixer son sourire ravageur et ses parfaites dents blanches.
De plus, malgré qu'il soit affreusement beau, il est bien possible que ce soit encore un de ses connards qui ne pensent qu'au sexe et qui n'ont aucun respect envers les filles. Comme ma mère me l'a souvent répété je ne le connais pas vraiment et je ne le connaitrai jamais. Il s'ajoute donc à mes rêves les plus fous.
Bon, dieu il commencé sérieusement à en avoir un sacré paquet!
Lyse haussa les sourcils pas le moins intriguée du monde, elle savait très bien ce que je ressentais pour Aaron même si je ne le connaissais pas. Elle savait très bien comment je pouvais le trouver absolument parfait. Elle, elle s'en foutait. D'ailleurs je lui en parlais tellement souvent qu'elle finissait par connaître sa vie entière sans vraiment le vouloir. Je me demande parfois comment elle fait pour me supporter. C'est vraiment plus fort que moi en tout cas je ne fais certainement pas exprès c'est juste que ... quand je commence à parler de lui je ne peux plus m'arrêter. Je sors un flot de paroles. J'avais tellement de choses à dire sur lui. Après tout elle avait quand même un minimum de patience puisqu'elle arrivait à rester avec moi la plupart du temps.
Après dix minutes de voitures, nous arrivâmes au lycée alors que la cloche venait juste de sonner. Lyse et moi sommes dans la même classe pour certaines matières. Dont l'Anglais d'ailleurs. Matière que nous avions à ce moment même de la matinée et il valait mieux ne pas arriver trop en retard car avec M. Felton ce n'était certainement pas la joie.
Pire que lui c'était impossible ... Avec lui on était forcer d'haîr l'Anglais avant la fin du semestre. Pour moi c'était déjà fait. D'habitude c'était ma matière préférée. Mais j'ai rapidement changé d'avis.
La matinée défila. Longue et ennuyeuse. Les cours se succédèrent un à un sans jamais s'arrêter. Je crus que je ne verrai jamais l'heure du repas.
Mais heureusement j'avais Aaron pour occuper toutes mes pensées ...
«Au même moment, quelque part au fin fond des États-Unis d'Amérique, un jeune homme avait rendez-vous pour une séance d'autographe exclusive pour son tout nouveau film et il était déjà bien en retard. Or, il avait toujours appris que dans le monde du showbiz, on ne faisait jamais attendre ses fans.
Il quitta son hôtel où il résidait durant son court séjour ici et décida de traverser la rue très encombrée à cette heure tardive pour rejoindre son taxi. Alors qu'il s'apprêtait à traverser son portable sonna. Il chercha dans sa poche durant quelques secondes et en sortit un Iphone neuf qu'il colla à son oreille.
? : Allô ?
? : ...
? : Oui Kent. J'arrive. Désolé je suis un peu en retard il y a eu quelques complications à l'hôtel.
? : ...
? : Tout le monde m'attend ?! Merde ! Je suis vraiment désolé. Je vais faire le plus vite possible. Oui. Oui. D'accord.
Tout en continuant de parler, le jeune homme entreprit de traverser l'avenue se faufilant avec lenteur entre les voitures. Il était distrait par sa conversation téléphonique. Et là ... Ce n'était pas de sa faute. Il aurait suffit d'une seconde. Une seconde. Et peut être aurait-il vu ce camion. Ce camion bleu et blanc. Énorme. Imposant. Ce camion qui allait beaucoup trop vite et qui lui fonçait droit dessus sans s'arrêter. Sans regarder. Inconscient de cette être vivant qu'il risquait d'écraser. Inconscient des conséquences.
Le jeune homme n'eut que le temps de tourner la tête lorsqu'il raccrocha, interloqué par le bruit, pour le voir arriver droit sur lui. Et là, le trou noir. Le vide.
Les Urgences. Au fond une lumière. Il se bat. Bat de toute ses forces contre ce trou noir, contre ce tunnel qui l'emporte peu à peu. C'est sa vie qui est en jeu. Sa carrière. Il ne peux pas laisser tomber. Pas maintenant. Il était jeune. En pleine forme. Pourquoi lui ? Pourquoi aujourd'hui ? Était-ce Dieu qui en avait décidé ainsi ? Avait-il été choisi ? Il pria. Jura. Parla. Mais personne ne l'entendait. Parfois, il se disait que de se laisser aller serait sans toute plus facile. De se laisser entraîner vers cette lumière si attirante. Si lumineuse. De tout laisser tomber. Qui c'est peut être la mort est ce agréable. Peut être est-ce mieux que de vivre. Personne ne sait et il allait rapidement le découvrir ...
Découragé, il se laissa emporter ... Car pour lui c'était fini. Fini.
Il rendit son dernier souffle et s'endormit pour toujours ... Il partit. Partit là où le bonheur est éternel. Et là on est sûr de vivre heureux à jamais.
? : Heure du décès : 13 h 58
C'est là que commence la véritable histoire. L'Histoire avec un grand H.
Là où se trouve ce que l'on appelle le destin. Leur destin. A lui. A elle. Qui en a décidé ainsi ? Personne ne saura jamais. Même pas Dieu. Personne.
Ce jeune homme était bien trop jeune pour mourir. Et pourtant le destin en avait décidé autrement. Pourquoi ? La réponse sera bientôt découverte ...»
12h00. Le moment du repas. C'était à la fois celui que j'attendais le plus dans la journée et celui que je redoutais. C'était mon moment de délivrance entre cinq heures de cours, le moment où je pouvais enfin me poser pour penser à ce que je désirais et manger ou à la limite discuter si l'envie m'en prenait. Je n'étais pas la plus bavarde qui soit peut être exceptée avec Lyse. C'était la seule à qui je parlais vraiment. A qui je savais quoi dire, je n'avais pas besoin de réfléchir pour que les mots sortent d'eux-même. Les autres ... Je ne savais jamais quoi leur dire la plupart du temps. Alors je me taisais. Je me taisais et fixais stupidement mon assiette à moitié pleine. Le repas c'était aussi le moment que je redoutais le plus car c'était vraiment le seul moment de la journée où je pouvais me faire sérieusement remarquer par tout le monde. Quand je dis tout le monde. C'est tout le monde. Le lycée entier se trouvait chaque midi dans la cafétéria et j'avais constamment peur depuis quatre ans de faire un faux pas, de trébucher, de renverser mon plateau sur quelqu'un ou pire sur moi. Il y avait milles et une raison qui pourrait me ridiculiser et je ne préférais même pas les chercher.
Aujourd'hui j'avais opté pour des frites et un soda ainsi c'était beaucoup moins risqué. De plus, je n'avais pas un énorme appétit. Tout le monde me croyait anorexique vu la minceur de mes jambes, de l'inexistence de mes hanches et de ma poitrine et je comprenais leur étonnement. Mais c'était tout simplement ma morphologie. Je n'y pouvais absolument rien. J'étais faite ainsi. Et j'avais beau manger n'importe quoi parfois je ne prenais pas un gramme. Un coup de chance. Mais je me doutais que cela allait se répercuter dans le futur. Un jour ou l'autre j'allais prendre du poids et j'allais devoir faire terriblement attention. Tout comme ma mère. Elle m'avait déjà raconté qu'elle avait été exactement comme moi plus jeune mais au fur et à mesure, elle avait pris des tailles et du poids. Maintenant elle avait de généreuses formes . Ce qui lui donnait un certain charme malgré tout.
Je parcourais la salle, anxieuse de ne trouver personne avec qui m'installait. Ce fut le cas. Je me rappelai soudainement que Lyse avait un entretien privé de pompom girl, elle m'en avait parlé ce matin même, elle ne pouvait donc pas manger avec moi. Je soupirais, déçue et avançait jusqu'au fond où une table m'attendait, vide. Comme dans tous les lycées américains chaque personne avait sa bande. Cela allait des poms poms girls, aux basketteurs, aux intellos et aux fous des échecs. Moi j'avoue je ne saurais pas dans quelles bandes me plaçait ... Peut être celle des tordus. A vous de me le dire.
Mais je pense que j'étais tout simplement implacable. Je n'avais pas vraiment de bande.
J'étais une originale, une invisible même les plus célèbres du lycées remarquaient plus les intellos que moi. C'est à se poser des questions ...
Je me posai à la table et sortis un magazine de mon sac pour m'occuper. Je n'avais certainement pas envie de rester là à rien faire, seule et être certifiée comme la plus paumée du lycée. Au moins, j'avais un intérêt, j'étais occupée pour un certain moment. Je l'ouvris directement à la page où il parlait d'Aaron Beecker. Rien d'autre ne m'intéressait sauf lui. Pour vous expliquer il est un peu comme ma raison de vivre. Tout tourne autour de lui. Je ne vis que pour lui. Lyse me disait que j'étais totalement folle. Et elle n'était pas la seule à me le reprocher ...
Alors que je me concentrai sur une interview en exclusivité de lui j'entendis quelqu'un s'asseoir en face de moi.
C'était Samantha, Danielle et Jori. Je levai la tête vers elle et leur offris un minuscule sourire avant de replonger dans ma lecture, captivée. Elles me saluèrent d'un «bonjour» totalement dénuée d'enthousiasme. C'était mes amies ou plutôt les amies de Lyse ce qui se rapprochait un peu plus de la vérité. Je pense qu'elles restaient avec moi spécialement pour elle et non parce qu'elles m'aimaient bien. Au contraire. Je crois même qu'elles ne pouvaient pas me supporter spécialement Samantha. Cette grande et fausse blonde. Je n'ai jamais compris pourquoi elle ne m'aimait pas. Je ne lui avais pourtant rien fait. Mais j'avoue que cela m'importait peu. On était totalement différente. Vraiment différente. Pas du tout les mêmes centres d'intérêts. Elles étaient déjà toutes les trois des pompomgirls comme Lyse et tout ce qui pouvait les intéresser c'était les garçons et le maquillage. Palpitant.
Elles entamèrent toutes les trois leur petite discussion et je n'y prêtais qu'une oreille préférant parcourir la page de mon magazine du regard. Ce fut qu'au bout d'une bonne dizaine de minutes qu'elles prirent enfin connaissance de ma malheureuse existence. Danielle me parla de son affreux accent texan. Je fixais ses lèvres refaites avec horreur.
«Qu'est ce que tu lis Théadora ?»
Je leur tendis l'article et leur montra une photo de Aaron, un énorme sourire sur le visage. Lorsqu'une conversation débutait sur lui j'étais obligée d'y participer. Toutefois, je fis attention de garder un ton détaché dans ma réponse.
«Oh, juste un article sur Aaron Beecker! Tu connais ? Je le trouve sympa cet acteur et puis quand même assez mignon.»
Je vis les lèvres de Samantha bouger avec horreur. Danielle me renvoya le magazine d'un air ennuyé. Jori elle était bien trop occupée par son vernis pour me prêter attention. Ces filles, décidément, étaient extrêmement intéressante.
«Aaron Beecker ? ,rétorqua Samantha, Encore ! Sérieusement Théa' je veux pas être méchante mais ne te fais pas d'illusions tu n'as aucune chance de le rencontrer et encore moins de sortir avec lui. Il s'intéresse aux vrais filles, lui. Alors arrête un peu de fantasmer et occupe toi plutôt de ta réputation dans ce lycée qui est sérieusement en train de baisser, heureusement que j'suis toujours là pour rattraper tes conneries d'ailleurs. Tu pourrais au moins me dire merci de temps en temps.»
Je n'avais pas réagi toute de suite à l'effet de ses paroles. Je la fixais bouche bée incapable de prononcer un mot. Je me rappelle encore comment j'avais bouillonné de rage à sa réplique mais je m'étais retenue de lui écraser sa face de blonde pétasse mal arrangé. Elle rit à ma réaction et les deux autres glandues la suivirent.
«C'est bien ce que je me disais ... Même pas foutue de me dire merci vraiment c'est pathétique.»
Je préférai ne rien répondre, je lui jetais un regard noir, pris mon plateau et partis mon magazine sous le bras. Quelles connasses ces filles ... Mais, mais ... Comment osait -elle ? Comment pouvait -on être aussi antipathique ?
Le pire dans tout ça c'est que tout ce qu'elle disait été vrai même si ça faisait mal, même si c'était méchant, c'était vrai. Comme on dit souvent il n'y a que la vérité qui blesse. Comment pouvait-elle avoir avoir raison ? Comment trouvait-elle les mots pour toucher les points sensibles. Car c'est ce qu'elle avait fait ... Aaron, ma réputation ... Cette fille. Cette Samantha c'était une vraie garce. Une vraie.
Comment Lyse faisait -elle pour la supporter ? Elle n'avait absolument mais absolument rien en commun toutes les deux. Ou alors peut être Lyse était-elle différente avec elle. Peut être était-elle exactement comme Samantha en réalité. J'espérais que non. J'espérais vraiment que non. Ce n'était pas son genre. Malheureusement, on ne connais jamais vraiment ce que pense les gens. On ne saura jamais ce qu'ils ont vraiment derrière la tête.
Après avoir jeté la moitié de mes frites dans la poubelle, je sortis de la cafétéria à grandes enjambées, furieuse. J'étais du genre à m'enflammer facilement mais là la rage m'avait cloué sur place.De plus, je n'aurais rien trouvé de correct à répondre puisque tout ce qu'elle a dit été la vérité. Je me dirigeai vers mon casier, pressée. Je composai le code, ouvrit la porte et jeta le magazine à l'intérieur en me disant que Aaron était peut être la cause de tous mes malheurs. Je ne le connaissais même pas et je ne vivais que pour lui. Il fallait que j'arrête. Que j'arrête et que je me concentre sur moi. Que je me préoccupe un peu de mon existence. Et surtout il fallait que je l'oublie. Je sais que cela semble stupide mais ce sera bien trop dur ... Qu'est ce que je pouvait être pathétique parfois. Ce n'était qu'un fantasme. Une star. Une icône. Certes, il était réel mais il ne connaissait même pas mon existence. Il fallait donc que je le raye définitivement de ma vie en commençant par jeter à la poubelle ce foutu magazine.
Je malaxais mes tempes de mes deux mains en tentant en vain de me calmer. Mais cela n'avait pas vraiment l'effet désiré. Alors que je me cognais le front contre le casier je sentis une main me tapotait l'épaule doucement et quelqu'un toussotait derrière moi. Qui que ce soit je n'étais pas d'humeur au bavardage. Il ferait mieux de déguerpir et vite ...
Je me retournai, en rogne et croisa le regard de Craig. Craig Edwards. Mon humeur furibonde s'envola aussi vite qu'elle était venue et je lui fis un sourire timide. Il s'adossa aux casier et prit une position détendue. Mais tout dans son regard me disait qu'il était stressé. J'avais ce don de lire les sentiments des gens dans leur yeux, j'avoue que peu de personne ne savait le faire. Et parfois cela devenait un véritable avantage. Craig me sourit et ma salua.
«Salut Théadora !
Oh salut Craig ...
Sa ne va pas ?
Je leva le visage vers lui et le regarda d'un air interrogatif. Comment pouvait-il le voir aussi facilement ? Étais-je si facile à lire que ça moi aussi ? Parfois, j'avais vraiment l'impression d'être un livre ouvert et que tout le monde pouvait en tourner les pages. La preuve, même Samantha connaissait mes points faibles et ce n'était pas la plus intelligente du lycée, de loin. Je décidai de répondre par la feinte espérant qu'il ne découvrirait pas mon jeu.
« Si, si ... Très bien. Qu'est ce qui te fais dire ça ?
Je ne sais pas ... ,dit-il en haussant les épaules, tu m'a tout simplement l'air énervé ... C'était juste une impression.
Ah ... et bien ton impression s'est révélée être fausse. Je me porte à merveille.»
Je lui souris, il me le rendit. Je me demandais ce qu'il pouvait bien me vouloir et j'espérais qu'il aille droit au but car je n'allais pas attendre une éternité surtout qu'au bout d'un moment la conversation allait devenir banale et ennuyeuse. Il me fallait peu de temps pour ne plus savoir quoi dire. Il sembla le comprendre car il recommença à parler après quelques secondes de silence.
«Je venais juste te voir pour ... pour te demander quelque chose tu vois?
Je t'écoute ... répondis-je m'attendant au pire. Je le fixais dans les yeux, il semblait de plus en plus stressé.
Eh bien ... je sais que tu as plusieurs fois refusé mais sa fais longtemps que je ne t'ai pas reposé la question alors je vais tenter le coup ...
J'attendis ... Il marqua une pause. Mais qu'est ce qu'il voulait bien me demander ? J'haussais un sourcil, les bras croisés manquant de m'énerver pour cause de totale impatience.
« Accepterais-tu de venir au cinéma avec moi? Juste une sortie entre amis si tu veux. Rien de plus.»
J'avoue que je ne m'étais pas attendue à ... ça. Mais pas du tout. Soudain, ses propositions passées me revinrent en mémoire et il est vrai que j'avais toujours refusé. Combien de fois m'avait -il demandé ? Une bonne dizaine de fois sans doute. Je me demandais vraiment pourquoi il s'accrochait avec autant d'ardeur, je n'avais vraiment rien d'intéressant. Craig faisait parti des "intellos" du lycée et cela faisait un certain temps qu'il m'invitait et que je me dérobais prétextant une excuse. J'avoue que je m'en voulais de refuser à chaque fois ses propositions mais je n'avais pas vraiment envie d'aller au ciné surtout avec lui. Même si il était adorable et super gentil, je me voyais et encore maintenant, mal sortir avec lui. Rien qu'à l'idée de sentir sa langue dans ma bouche me donnait des frissons d'horreur ... Sans être vulgaire.
Je me rappelai soudain de ma promesse d' il y a quelques minutes seulement. Me préoccuper un peu de moi. Cela voulait dire profiter et certainement m'amuser ... Surtout passer du bon temps sans réfléchir au conséquences. Je me dis alors qu'un ciné ne me ferait pas de mal au contraire. Même si Craig n'était pas l'homme parfait, ni l'homme de ma vie je pouvais bien pour une fois lui accorder sa chance ... On verra si cela fonctionne ou pas entre nous même si je n'étais pas très chaude à l'idée. En plus, j'en avais marre de lui trouver des excuses, je n'en avais même plus sous la main tellement j'avais abusé de mon «imagination débordante».
Je le regardais, de nouveau. En voyant mon expression soucieuse, il semblait alors hésiter.
«Tu sais ... si tu ne veux pas venir ... Ne te force surtout pas. C'est pas grave. Je commence à avoir l'habitude.
Eh bien ...»
Il haussa un sourcil, me fixait attendant ma réponse. Je me mordis la langue et cracha tout d'un coup.
«J'accepte de venir au cinéma avec toi.
Quoi ?
J'accepte !»
Je le vis. Rayonnant de joie. Je crois que je ne l'avais jamais vu aussi heureux. Si il n'y avait que ça pour lui faire plaisir ... Tant mieux. Mais j'avais une impression au fond de moi. Cette impression que j'allais rapidement le regretter et que je ferais mieux de tout annuler maintenant. Mais j'étais trop gentille. J'en étais incapable. Incapable rien que par l'expression s'affichant sur son visage. Je ne voulais surtout pas venir troubler son bonheur. Ce serait sadique, mesquin. Tout ce que je n'étais pas. Décidément, j'étais trop trop gentille. Il fallait que je change.
Il me prit dans ses bras. Je me crispa mais il ne le sentit pas.
«Génial ! Je n'aurais jamais cru que tu allais accepter ...»
Moi non plus pensais – je bien trop fort.
«Je te prend à 19 h chez toi c'est d'accord ? Je te jure tu ne vas pas le regretter»
Je n'allais pas le regretter ? J'en doutais ... Imaginait -il déjà qu'on allait conclure ? Qu'on sortirait ensemble ? Il ne fallait pas qu'il se fasse trop d'espoir ... Je n'imaginais rien de tel entre nous. C'était simplement un ami. Et encore, je ne le connaissais pas vraiment. Je le vis se diriger vers la sortie si fier de lui. Craig se retourna et me gratifia d'un sourire débordant d'espoir.
«A ce soir !»
Tout le monde se retourna vers moi. J'entendis certains ricaner. Ça y est. Tout le monde savait que je sortais avec Craig Edwards ce soir. Je me ratatina sur place. C'était vraiment la chose que je voulais que personne ne sache. Non pas que j'avais honte mais bon ... Craig n'était pas le plus canon du lycée. Il était mignon mais rien d'extraordinaire sinon j'aurais accepté il y a bien longtemps ses demandes. Vous allez sûrement croire que je ne m'intéresse qu'à la beauté mais ce n'est pas vrai. Au contraire. Ce que les gens ont au fond de soi est aussi très important même beaucoup plus. Et j'y prêtais beaucoup d'attention. J'aimais les grandes âmes, les personnes intelligentes qui ne se limitaient pas à l'apparence. J'aimais les gens qui arrivaient à me fasciner. J'aimais les gens incernables, ceux dont on ne sait pas ce qu'ils ont derrière la tête. Ceux qui sont illisibles. J'aime ce genre de personnes totalement mystérieuses. Ce sont les personnes qui m'intéresse réellement. Les autres ... J'en avais un peu rien à faire.
J'attrapai les affaires dans mon casier et me dirigeai vers ma salle pour mon prochain cours.
L'heure passa. Trop doucement. J'attendais avec impatience de sortir car d'ici j'étais capable de voir le soleil brillait au dehors. J'avais toujours adoré le beau temps. De plus, aujourd'hui j'étais obligée de rentrer chez moi à pied. Lyse ne pouvait pas me ramener. Cela m'allais. J'aimais me balader et profitais un peu de l'air frais après une journée entière enfermée entre quatre murs.
Délivrance. La sonnerie retentit enfin. Je courus au dehors et rentra en vitesse chez moi marchant à une vive allure comme si je pressentais déjà quelque chose. Quand je fus arriver, la maison était de nouveau vide, ma mère travaillait encore et toujours. Bientôt je pourrais croire que je vis seule si elle ne pointait pas le bout de son nez. C'était presque si elle ne dormait pas au bureau. J'haussa les épaules en poussant un soupir et monta à l'étage. C'est à ce moment que ma vie changea pour de bon. C'est en montant ces escaliers, en faisant chacun de ses mouvements que ma vie allait enfin changer pour devenir un peu plus exceptionnel. J'aimais qu'il y ait un peu de piment. Quelqu'un chose qui n'était pas ordinaire. Je fus servis. Ma vie changea quand je découvris ce qui se cachait derrière ma porte de chambre.
Ma vie changea quand je l'ouvris. Je la poussa alors.
Dès cette seconde. Dès cet instant. Plus rien ne sera jamais comme avant ...